samedi 5 avril 2025

CRITIQUE, concert. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 28 juin 2024. HAENDEL : Extraits d’oratorios et airs d’opéras. Marina VIOTTI / Les Musiciens du Louvre / Marc Minkowski (direction).

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La saison s’achève au Théâtre des Champs-Elysées dans une frénésie olympique et un dernier rendez-vous aux promesses brillantes. La formidable mezzo-soprano franco-suisse Marina Viotti allait suivre les pas d’autres astres qui ont foulé en solo le plateau des frères Perret pour donner voix à des airs de l’illustre Caro Sassone, Georg Friedrich Haendel.  

 

 

Le programme qui parachève en pierre de touche sertie d’un talent incommensurable était divisé en deux époques et deux langues, un joli résumé du cosmopolitisme du plus britannique des compositeurs baroco-germaniques. Intercalés entre les fastueux Concerti grossi, les airs d’oratorios et d’opéras semblaient des bijoux dans une parure qui n’eurent aucun mal à émerveiller unanimement tout le public. Or, s’il faut émettre quelques réserves… et pour être tout à fait juste, dans les quelques réflexions ci-après, dans lesquelles il ne faut voir aucune critique de l’interprétation : le talent de Marina Viotti n’est surtout pas ici remis en cause. Mais ce programme, tout magnifique qu’il est, a tout de même le défaut d’être décousu et dépourvu d’une réelle structure dramatique, il ne raconte rien et se finit, pour ainsi dire, en « jus de boudin« . Ce récital est l’exemple type de la bonne idée mal construite. Si l’on a plaisir à entendre des raretés telles extrait de Deborah, peut-être que la fabuleuse Marina Viotti aurait pu interpréter plutôt le rôle du terrible général cananéen Sisera et en particulier l’air « At my feet extended low« . Dans la partie opéra, nous restons songeurs par le choix de ne pas finir par « Dopo notte » qui – dans le contexte politique actuel – aurait pu symboliser l’espoir, et nous aider à ne pas partir avec les douces lamentations de Radamisto pour sa chère Zenobia. Un programme de récital, par ses contraintes temporelles, est un exercice complexe, mais quand on a « à disposition » une artiste telle que Marina Viotti, tout conseiller artistique devrait être un orfèvre pour laisser son immense talent développer les nuances infinies dans un bouquet musical inoubliable. 

Outre ce propos, Marina Viotti est une soliste Haendélienne exceptionnelle : elle transcende chaque phrase, et construit les cadences avec un souci de clarté, justesse et raffinement, où rien n’est laissé au hasard. La scène de Dejanira issue de l’Acte III d’Hercules est un morceau d’anthologie entre ses mains, c’est une tragédienne de très haute volée. Les da capi sont d’ailleurs singulièrement variés, surprenants et d’une virtuosité remarquable. Espérons qu’un ensemble bientôt proposera à Marina Viotti une Dejanira, un Radamisto, un Ariodante – ou pourquoi pas un Sisera ou un Lotario.

Maestro Marc Minkowski fidèle à la perfection de ses interprétations haendéliennes a dirigé ses Musiciens du Louvre avec le dynamisme et le dramatisme qui le caractérisent. Musicalement tout le nuancier du maître de Halle a été déroulé dans une fresque aux tons d’une richesse digne des grandes heures d’un orchestre composé de grandioses talents. Nous apprécions d’entendre les Concerti Grossi en entier et d’être plongés dans la plume instrumentale de Haendel qui ne cessera jamais de nous émerveiller. 

Telle l’histoire féerique d’Alpha et d’Omega dans les gravures d’Edvard Munch, Marina Viotti a parcouru les drames et réjouissances vocales de Haendel sans perdre un seul instant de vue que la musique n’est pas simplement une voltige, mais c’est le messager le plus adroit pour porter l’espoir dans le coeur de nous autres – êtres de chair et de rêve. 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 28 juin 2024. HAENDEL : Extraits d’oratorios et airs d’opéras. Marina VIOTTI / Les Musiciens du Louvre / Marc Minkowski (direction).

 

VIDEO : Marina Viotti interprète « Crude Furie degli orridi abissi » extrait de Serse de Haendel

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