jeudi 3 avril 2025

Ravel: Alborada del gracioso, Boléro, ShéhérazadeDeshayes, Krivine, 2011) 1 cd Zig Zag Territoires

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Voilà un Ravel ciselé comme un collier serti de joyaux diaphanes. Et comme le suggère le visuel de couverture, tout un monde sonore qui est dévoilé à la façon d’une mécanique des timbres : la seule écoute d’une Barque sur l’océan laisse envisager cette approche millimétrée sur l’opulence des accents et des passages, sur le phrasé, sur un scintillement générique et sur le miroitement permanent du flux orchestral… Emmanuel Krivine joue évidemment sur le raffinement des tons, grains, frottements et aspérités instrumentaux comme s’il s’agissait d’une phalange sur instruments d’époque, cultivant fort à propos une atténuation nuancée qui sied idéalement à la restitution des couleurs et des cadences rythmiques.

Ravel, mécanique analytique

En septembre 2011, à la Philharmonie de Luxembourg, lieu où l’Orchestre Philhamronique de Luxembourg a sa résidence, le chef privilégie la clarté des détails plutôt que l’urgence de l’arche dramatique: Alborada del gracioso revendique ainsi une nouvelle aspiration à l’enchantement et à l’opulence sonore…

A quelques semaines de la parution de Shéhérazade par Véronique Gens, si proche du texte et diseuse imprévue autant que captivante, Karine Deshayes nous ravit également bénéficiant dans l’expression d’un mystère musical préservé, des teintes si délicates du Philharmonique Luxembourgeois. L’accord poétique, le dialogue des teintes atmosphériques entre voix soliste et halo orchestral réalisent un miracle d’enchantement et d’émerveillement. Dommage que la prise de son ne favorise pas davantage la voix: l’articulation de la diseuse perd en relief; et le texte, de sa consistance pourtant première. Asie laisse diffuser son parfum d’abandon sensuel, de ravissement serein. La flûte se replit sur son ombre fugace et L’indifférent passe tel un ange à la fois doux, hautain, inaccessible… La beauté du timbre vocal déploie une soie envoûtante, au risque de perdre l’intelligibilité du verbe poétique (défaut de la prise de son là encore qui semble privilégier les brumes de l’orchestre).
Les deux morceaux de bravoure exigeant plus de chair et d’articulation dramaturgique, Boléro et La Valse soulignent tout ce que l’Orchestre Philharmonique peut apporter dans la précision et le détail sans la puissance et peut-être une fièvre délirante qui doit submerger le discours, surtout pour La Valse. Le souci précautionneux de la clarté s’y enlise presque à force de transparence et pour vénéneuse que Ravel la conçut aussi, La Valse bien que somptueusement ondulante, ne nous emporte jamais, trop occupée à faire valoir le chatoiement sonore de sa robe instrumentale. Les uns applaudiront face à tant d’analyse et de soin du timbre; les autres trouveront le plat un peu fade ou d’une facture trop ouvragée…

Maurice Ravel (1875-1937): Alborada del gracioso, Boléro, Shéhérazade, Une Barque sur l’océan, la Valse, Pavane pour une infante défunte. Karine Deshayes,mezzo-soprano. Orchestre Philharmonique de Luxembourg. Emmanuel Krivine, direction. 1 cd Zig Zag. circa 1h. Enregistré au Luxembourg en septembre 2011. Note : @@

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